Les probiotiques c’est pas automatique !

Le microbiote, ce nouveau monde

Qui n’a pas entendu parler du microbiote, ce nouveau monde qui fascine les chercheurs? Un monde microscopique qui, il y a à peine quelques années, nous était presque inconnu. En effet, le microbiote, ces milliards de bactéries qui composent la flore digestive, ce monde caché, a commencé à être étudié grâce à de récents progrès technologiques. Aujourd’hui, même si la science du microbiote n’en est encore qu’à ses débuts, on parle dorénavant d’un nouveau organe extrahumain ! Des milliers de travaux scientifiques révèlent le rôle incroyable que ce microbiote semble jouer dans notre physiologie. Bien sur il est impliqué dans la digestion, mais aussi dans la production de nutriments énergétiques pour notre intestin, dans la protection de notre muqueuse, et de notre organisme en général (rôle dans l’immunité)… Les liens entre microbiote et de nombreuses pathologies sont établis chaque jours: surpoids, diabète, maladies cardiovasculaires, maladies inflammatoires, dépression, … La liste semble très longue. Et bien sur de nombreux acteurs de santé (notamment les naturopathes et micronutritionnistes) s’intéressent à l’action sur le microbiote pour prévenir ces maladies.

Le microbiote: faire face à la complexité

Le problème c’est qu’au fur et à mesure de toutes ces découvertes, la complexité du microbiote se révèle extraordinaire. Cette complexité nous apparaît à la lecture d’un livre co-rédigé par des chercheurs de haut niveau (1). Face à cette complexité on voit émerger plusieurs attitudes. Certains semblent « paralysés » et véhiculent le discours suivant: « c’est trop compliqué, nous s’en sommes encore qu’au début des découvertes, on ne peut pas encore agir sur le microbiote car on va faire n’importe quoi » (ce sont notamment les scientifiques qui veulent valider l’intérêt des actions sur le microbiote par des études).    D’autres passent outre la complexité et ont une attitude un peu naïve et prônent « l’utilisation des probiotiques pour tout le monde, parce que cela régénère le microbiote et que cela ne peut pas faire de mal ». Entre ces deux extrêmes il existe -comme toujours- une voie du milieu. Trouvons là…

Dit moi comment est ton microbiote, je te dirai …

Que faire pour éviter le piège du discours: « le microbiote c’est simple alors donnons des  probiotiques pour tous ». On peut déjà chercher à avoir une bonne preuve d’un dérèglement du microbiote (on parle de dysbiose ) par un test appelé le DMI (Dysbiose, Micose, Intestinal) qui va mettre en évidence la présence de candidose ou de perturbation de l’équilibre du microbiote (présence importante de bactéries de fermentation ou de putréfaction). On peut voir « objectivement » que notre microbiote est perturbé ce qui peut grandement motiver des changements alimentaires.

DMI fermentation
Le DMI: la mise en évidence de bactéries de fermentation (à l’origine de ballonnement, gaz, inconfort intestinal, …)

On peut rechercher aussi grâce à un test génétique simple (fait sur un frottis de la muqueuse buccale) la présence de variation d’un gène (on parle de polymorphisme génétique sur le gène FUT2) qui va induire une altération du mucus intestinal avec comme conséquence l’incapacité de « fixer » certaines bonnes bactéries probiotiques (2). Les gens qui ont ce variant génétique (20% de la population caucasienne) ont souvent de gros problèmes intestinaux (et/ou problèmes consécutifs à une muqueuse intestinale fragilisée: allergies, auto immunité , …) et les probiotiques sont inefficaces chez eux. On peut par contre proposer un apport de 2-Fucosyllactose, un tri-saccharide,  qui compense la variation génétique et peut changer la vie de ces personnes qui ont souvent des antécédents de problèmes intestinaux très lourds. D’autres explorations du microbiote existent mais celles, ci-dessus citées, sont les plus simples et remarquablement « parlantes ».

J’ai la fibre microbiote !

Ensuite que faire pour éviter le piège du discours: « le microbiote, c’est trop compliqué on ne peut rien faire ».  Face à la complexité, il faut revenir aux fondamentaux, à la base, à des choses simples car dans ce cas on ne peut pas faire d’erreur. A quoi correspondent ces fondamentaux pour le microbiote ? En premier lieu, la mastication !! Cela peut paraître bien trivial mais l’absence de mastication est la première cause de dérèglement du microbiote avec toutes les conséquences (parfois graves) que cela peut avoir sur la santé. Mastiquer et manger non stressé améliore grandement l’état du microbiote: c’est prouvé ! (3). En second lieu, une recommandation que tout le monde connait mais qui est, semble t-il, peu mise en pratique: consommer des fibres !! Car les fibres se sont ces fameux prébiotiques qui « stimulent de manière sélective la croissance de nos propres bactéries intestinales successibles d’améliorer notre physiologie ».

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En clair, les fibres/prébiotiques  nourrissent de façon sélective les « bonnes » bactéries. Ils faut donc consommer céréales complètes (bio impérativement car les céréales complètes non bio sont des sacs à pesticides! ), légumineuses, poireaux, asperges, ails, oignons, endives, salsifis, riz complet (bio toujours) et pommes de terre (cuites à la vapeur et refroidies car ainsi on diminue grandement leur « nuisance » sur la glycémie – on parle de diminution de l’index glycémique – la pomme de terre est sans doute un des meilleurs probiotiques ainsi préparée). Attention, si vous n’avez jamais beaucoup consommé de fibres, il faut les introduire très progressivement dans votre alimentation sous peine de dérégler violemment votre microbiote avec des conséquences intestinales sévères. D’autres part, certaines fibres sont plus dures que d’autres: attention à l’artichaut notamment. Bien d’autres conseils peuvent être prodigués pour prendre soin de son microbiote… Retenons également l’importance de minimiser nourriture industriel, sucre, pesticides, qui tous ont un impact sur le microbiote. Bien sur il peut être judicieux dans certaines situations d’apporter des probiotiques sous forme de compléments alimentaires, mais la démarche sera irraisonnée et inutile si les bases évoquées ci-dessus ne sont pas mise en place.

Ainsi, en conclusion, face à la complexité du microbiote la réponse du naturopathe/micronutritionniste doit, à mon sens, proposer un équilibre entre science (l’exploration du microbiote, son déséquilibre, sa fonction)  et bon sens (mettre ou remettre en place les fondamentaux nutritionnels pour un microbiote sain). Ces deux axes étant établis, l’apport de probiotique peut se discuter de manière éclairée.

 

Retrouvez moi sur un groupe Facebook dédié aux analyses nutritionnelles en Naturopathie.

biologie nutri

 

1- Le microbiote intestinal, un organe à part entière– Edition John Libbey

2- Secretor genotype (FUT2 gene) is strongly associated with the composition of bifidobacteria in the human intestine

3- The effect of mastication on food intake, satiety and body weight

Une réflexion au sujet de « Les probiotiques c’est pas automatique ! »

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