Analyses nutritionnelles et régime cétogène

Le régime cétogène fait de plus en plus parler de lui dans des indications de plus en plus larges. On retiendra surtout le cancer, l’épilepsie, le surpoids, le diabète, les maladies neurodégénératives… Il est sans nul doute une très bonne proposition dans ces nombreuses situations et bien d’autres. Cependant, la perturbation biochimique radicale qu’il va créer dans le corps appelle à une certaine vigilance. Point de vue d’un naturopathe, ingénieur biochimiste.

Le régime cétogène c’est quoi?

En quoi consiste ce régime ? Il s’agit d’une modification radicale des apports en macronutriments: glucides, lipides, protides. Il faut savoir que concernant ces macroaliments, les autorités sanitaires françaises ont fait récemment des préconisations  suivantes pour la population générale: 40 à 55% des apports caloriques sous forme de glucides, 35 à 40 % sous forme de lipides et 10 à 20 % sous forme de protéines. Or dans l’alimentation cétogène, on parle de 70 à 80% de lipides, 20 à 25% de protéines et 5 à 10% de glucides (20 à 50 grammes de glucides par jour). On le voit,  il s’agit véritablement d’un changement de paradigme alimentaire total. Quel est le but de ce changement ? La biochimie nous explique que lorsque l’on prive un organisme de glucide (un des carburants essentiels de notre métabolisme cellulaire), le foie mobilise les acides gras (de notre corps et de notre alimentation) pour produire un carburant « alternatif » appelé « corps cétonique ». Ce processus n’a rien de « forcé » puisque l’alimentation des hommes du paléolithique les amenait souvent à « la cétose ». En effet, les glucides étaient beaucoup moins abondants dans l’alimentation avant la révolution agricole. Cet « état de cétose » a de nombreux bénéfices pour le corps. Le fait déjà de supprimer les sucres conduit à moins d’inflammation (terrain de nombreuses maladies chroniques), moins d’hyperinsulinisme (cause de surpoids, de diabètes, …). Et d’autre part, les cellules des tumeurs cancéreuses adorent le sucre et savent mal utiliser les corps cétoniques (entre autre parce que les tumeurs se développent souvent en anaérobies ce qui, pour faire simple, les rend très gourmandes et dépendantes en sucre). Supprimer totalement les sucres en cas de cancer ou en prévention (de récidive par exemple) apparaît donc comme une stratégie très intéressante.  Enfin, les corps cétoniques ont des bénéfices par eux-mêmes: une action anti inflammatoire* et un effet favorable sur l’équilibre psychique.

Il faut savoir que ce « switch » du carburant sucre vers le carburant cétone n’est possible que si la ration en sucre est vraiment basse. Ce qui signifie que l’essentiel de l’alimentation doit se composer de lipides (gras) et de protéines. Il est d’ailleurs important de ne pas négliger l’apport en lipides dans cette diète. Les lipides ayant été diabolisés (notamment le cholestérol), on a tendance en débutant ce régime à forcer plutôt sur les protéines. C’est une erreur importante car le corps ne passe alors jamais en cétose et donc tout le bénéfice de la diète est perdu.

Quoiqu’il en soit la forte teneur en graisse et la majoration de la ration protéique demandent quelques vigilances biologiques de base !

Régime cétogène, oui, mais bio impératif !

livre régime cétoLes livres abondent sur le sujet du régime cétogène. Aux éditions Thierry Souccar vous trouverez notamment le livre « Le régime Cétogène contre le cancer ». Un ouvrage simple, facile d’accès, qui explique très bien les modifications physiologiques qui sous-tendent ce mode alimentaire. Cependant, j’ai été très choqué de voir que ce livre négligeait presque totalement l’importance de l’alimentation bio dans un régime cétogène. En effet, si 3/4 de votre alimentation est constituée de gras, alors il faut impérativement que cette diète soit bio! Pourquoi ? Parce que (et ce point est encore trop peu connu) les pesticides sont  des molécules dites « lipophiles » (« qui aiment le gras ») , c’est à dire que dans une plante ou dans un animal, les pesticides vont surtout aller se concentrer au niveau des gras. Si vous consommez 75 à 80% de gras non bio dans votre ration alimentaire, il a fort à parier que vous absorbez aussi une très forte quantité de pesticides!  Dans un livre qui traite d’un régime contre le cancer, cette omission m’apparaît grave ! Il est peut être utile de rappeler que le lien entre alimentation bio et baisse de cancer n’est maintenant plus discuté. Ainsi, on trouve sur le site de l’Institut National du Cancer (INCA) un article reportant les résultats d’une étude publiée dans le JAMA (une des plus prestigieuses revues médicales) faisant part d’une réduction de 25% de cancer chez les consommateurs de produits bio.

Vérifier la qualité des acides gras dans ses cellules

Autre mesure de précaution dans un régime cétogène: prendre soin de faire une analyse des acides gras. Certes, un régime cétogène bien conduit doit veiller à  un apport équilibré en acides gras saturés, insaturés, polyinsaturés. Certes, toute personne qui commence ce régime est sans doute vigilante au ratio Oméga6/Oméga 3 afin notamment de ne pas majorer son risque inflammatoire. Mais même si ces conditions sont bien remplies, ils me semble cependant essentiel de faire un bilan des acides gras. Attention  je ne fais pas référence ici au classique bilan lipidique (Cholestérol total, LDL, HDL, VLDL,  …), mais à une analyse très fine des types d’acide gras qui composent toutes les cellules de notre corps: acides gras saturés, famille des Omégas 3, Omégas 6, acides gras trans … Ce bilan des acides gras est réalisé sur les globules rouges, cellules faciles d’accès, ces dernières reflétant la composition membranaire des cellules du corps **

Les personnes convaincues du bien fondé de la diète cétogène hausseront peut être les épaules à cette proposition d’analyse des acides gras en rétorquant que Cro-Magnon avait sans doute de bonnes artères et n’était pas en inflammation chronique. Mais, même en admettant que ce soit le cas, il est important de rappeler que les lipides d’aujourd’hui ne sont pas les lipides du paléolithique! Une alimentation, à proprement parler, « paléolithique » n’est plus possible aujourd’hui (je l’explique dans un article « Le régime néo paléo »- Rappelons d’ailleurs  que la consommation d’huile végétale, fortement recommandée dans le régime cétogène est exclue d’une diète paléo (et pour cause, Cro-magnon ne consommait pas d’huile pressée à froid!!). Tout cela pour dire que l’on connait sans doute encore mal l’impact sur la biologie des lipides d’une alimentation cétogène. Or, étant donné la part accordée à la ration des lipides et l’impact fondamental de ces molécules sur notre biologie (inflammation, système nerveux, résistance à l’insuline, fluidité des membranes, …), l’analyse des acides gras érythrocytaires me semble incontournable. A l’issu de celle-ci des ajustements alimentaires importants peuvent être  ainsi préconisés.

acide gras bip
Un exemple de bilan nutritionnel: le bilan des acides gras

Quel impact du régime cétogène sur les vitamines liposolubles?

Une vérification des taux de vitamines D et A me semble aussi importante étant donné la forte quantité de lipides consommée. N’y a t-il pas un risque de malabsorption par « dilution » dans le bol alimentaire des vitamines liposolubles ? Pour exemple le statut de vitamines D plutôt bas dans le bilan d’une femme canadienne en régime paléo (nous ne sommes certes pas dans un régime cétogène, mais la proportion de gras est importante dans son cas) qui a fait un blog dans lequel elle partage une analyse de sang pour montrer l’absence d’impact sur son bilan lipidique de sa consommation carnée (75%). A nouveau quand on connait le rôle fondamentale de la vitamines D sur la régulation de  l’inflammation, il me parait essentiel de ne pas prendre cela à la légère.

Impact des protéines de la diète cétogène sur la flore de putréfaction.

Enfin, suivant comment la personne supporte au niveau intestinal la diète cétogène, un bilan de l’activité du microbiote intestinal (via l’exploration de ses métabolites) me semble important. Un tel changement alimentaire aura une grosse répercussion sur le microbiote. Une activité de putréfaction excessive (certaines bactéries intestinales tirent leurs énergies des protéines) est très néfaste pour le colon et le corps en général (augmentation de la charge toxique et possible inflammation).

Alimentation bio, bilan des acides gras et des vitamines liposolubles, voire évaluation de l’activité du microbiote: ces précautions me semblent importantes pour tirer tous les bénéfices attendus d’un régime cétogène

 

Retrouvez moi sur un groupe facebook dédié aux analyses nutritionnelles en Naturopathie.

facebook analyse

 

* Cet effet anti inflammatoire du principal corps cétonique (Bêta-hydroxybutirate) à récemment été remis en question par une équipe de l’INSERM (INSA- Lyon).   Plus d’étude sont nécessaire pour trancher la question

** Comme pour tout en biologie le sujet est plus complexe que cette simplification. Les acides gras érythrocytaires ne reflètent pas les compositions membranaires de toutes les cellules du corps. Ainsi d’après cet article les taux d’acides gras érythrocytaires sont très corrélés aux taux d’acides gras dans les membranes des cellules musculaires. Par contre, les acides gras des adipocytes semblent présenter une faible corrélation avec les acides gras érythrocytaires. Ce qui est certain par contre c’est que le taux des acides gras érythrocytaires est très sensible à la diète lipidique (sur une longue période bien sur car il n’y à pas de modification avec le repas de la veille! )

 

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