Porosité intestinale : késako et cause, mise en évidence biologique et prise en charge

Porosité intestinale : késako et cause, mise en évidence biologique et prise en charge

Quand la muqueuse intestinale souffre de perméabilité…

La recherche nous amène tous les jours à en devenir toujours plus conscients :  le microbiote intestinal a une influence sur des organes précis (axe intestin-cerveau, axe intestin-poumon, … ) mais en réalité son déséquilibre peut avoir un impact sur le corps entier. En effet, toutes les dysbioses, ou désordres intestinaux, peuvent provoquer ce que l’on appelle une « perméabilité intestinale ». Lorsque l’écosystème intestinal est « en bonne santé », la muqueuse de nos intestins est imperméable aux bactéries et aux fragments alimentaires non digérés. Seuls les nutriments digérés peuvent passer cette barrière (schéma ci-dessous). En cas de dysbiose, la muqueuse intestinale peut devenir poreuse  : elle présente de véritables trous, qui laissent passer des éléments étrangers dans notre corps.

La perméabilité intestinale (ou leaky gut) Nutriments

Cette fuite intestinale (les Anglo-Saxons parlent de leaky gut, ou « intestin qui fuit ») est à l’origine d’une inflammation, car notre système immunitaire réagit alors contre  les antigènes bactériens et contre les fragments d’aliments non digérés qui traversent notre intestin, devenu une passoire ! Des molécules de l’inflammation vont alors diffuser dans tout notre corps et avoir des impacts multiples. Les désordres intestinaux permanents peuvent ainsi conduire à une inflammation chronique de tout notre organisme.

Les conséquences de la perméabilité intestinale

Nous savons depuis quelques années déjà que cet état inflammatoire a des conséquences majeures sur notre santé  : surpoids, obésité, maladies cardio-vasculaires, auto-immunité, cancers, dépressions, maladies dégénératives… Cette inflammation chronique semble aussi avoir des conséquences sur les risques de complications inflammatoires dans les cas de maladie infectieuse, comme la Covid-19. Nous savons d’instinct que tout feu peut s’embraser plus vite sur des braises. Il en est de même pour les feux inflammatoires de notre corps. Si vous avez en permanence un petit feu dans votre sang, alors un gros départ de feu lié à un virus mal contrôlé (comme le SARS-CoV-2) peut conduire à un incendie mortel ! C’est une des raisons pour lesquelles les personnes en surpoids ou obèses risquent plus de faire une forme grave de Covid  : ils sont toujours en état inflammatoire chronique (lié en partie à leur intestin, mais également à leurs tissus gras, qui génèrent aussi de l’inflammation). Ainsi, plus qu’on ne l’avait jamais imaginé, prendre soin de son intestin est vraiment vital et doit devenir une stratégie de prévention anti-infectieuse.

Identifier les causes de la porosité intestinale

Vous le savez, les dysbioses s’accompagnent souvent d’un intestin hyperperméable, mais elles ne sont pas la seule cause de cette affection. Beaucoup de maux imputables à la consommation de gluten (la protéine du blé et d’autres céréales, comme l’avoine, l’orge, le seigle ou l’épeautre) sont liés à cette porosité intestinale. En effet, par une action directe sur notre muqueuse intestinale, le gluten peut amener notre intestin à devenir une véritable passoire. Il n’est pas le seul à avoir ce pouvoir nocif ! La liste est longue  : de l’hypersensibilité alimentaire à des médicaments bien connus en passant par le stress et à la pratique intensive du sport…

  • Les « allergies » alimentaires : il n’est pas question ici des allergies alimentaires vraies (allergies induisant la production d’une catégorie d’anticorps appelés IgE), celles qui donnent des symptômes aigus et violents avec de petites quantités d’aliments (crustacés, arachide, soja…), mais des « allergies alimentaires » à IgG, qui provoquent une inflammation chronique de l’intestin (pour éviter la confusion avec les allergies vraies, on parle, pour être précis, d’hypersensibilité alimentaire ou d’allergie alimentaire de type III). Ces hypersensibilités peuvent être la cause et la conséquence d’une porosité intestinale. Outre le gluten, on retrouve souvent des hypersensibilités à la caséine (protéine du lait), à l’ovalbumine ou à d’autres protéines de l’œuf (très fréquent), ou encore aux oléagineux. En réalité, tous les aliments peuvent potentiellement conduire à une hypersensibilité. Il existe des tests pour les rechercher. Une fois qu’ils sont identifiés, on procède à une éviction du ou des aliments incriminés pendant une période plus ou moins longue, pour permettre de calmer l’inflammation et de réparer la muqueuse.
  • Les antibiotiques sont encore trop souvent automatiques ! Ce sont de véritables bombes pour notre microbiote et notre écosystème intestinal. Certes, grâce à leur usage, on tue des bactéries pathogènes, mais les dégâts collatéraux sont parfois considérables. Les traitements antibiotiques récurrents chez les enfants ou chez les personnes âgées fragiles sont une catastrophe pour le microbiote et la muqueuse intestinale. On devrait toujours s’occuper de sa muqueuse intestinale après une antibiothérapie.
  • Les antiacides (IPP) sont prescrits en cas de reflux gastro-œsophagien, mais les usages abusifs et trop prolongés sont fréquents. En diminuant l’acidité de l’estomac, ils réduisent celle de l’intestin grêle, or le climat légèrement acide de ce dernier empêche certaines bactéries d’y proliférer. Les IPP peuvent ainsi être responsables du développement d’un SIBO, qui est, rappelons-le, une dysbiose de prolifération de bactéries dans le grêle. Il a été montré également que la prise d’IPP augmente le risque d’infection à la Covid-19. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens altèrent la production du mucus intestinal, élément protecteur de la muqueuse. Il est à noter que ces produits, comme leur nom l’indique, vont certes calmer les états inflammatoires dans notre corps, mais ils vont d’un autre côté, par le biais de la porosité intestinale qu’ils induisent, provoquer un état d’inflammation chronique, et donc augmenter les problèmes initiaux. Il faut donc essayer de faire appel à d’autres stratégies anti-inflammatoires.
  • Les chimiothérapies : les désordres intestinaux importants font partie des effets secondaires fréquents des chimiothérapies. On devrait toujours s’occuper de la muqueuse intestinale après une chimiothérapie. En effet, celle-ci a pour objet de freiner le développement des cellules à division rapide, dont font partie les cellules cancéreuses. Les cellules de la muqueuse intestinale étant aussi des cellules à division rapide (50 milliards de cellules intestinales sont produites par jour pour régénérer la muqueuse), la chimiothérapie les affecte considérablement. C’est la raison pour laquelle les principaux effets secondaires des chimiothérapies touchent l’intestin.
  • Beaucoup d’autres médicaments ont des effets néfastes sur le microbiote. On comprendra, en voyant cette liste (notamment antibiotiques, antiacides, anti-inflammatoires), pourquoi nos seniors ont tant de désordres au niveau de leur écosystème intestinal et présentent tant de risques de porosité inflammatoire. Le vieillissement en lui-même fragilise d’ailleurs la muqueuse intestinale. C’est une des explications, parmi bien d’autres, de la vulnérabilité de nos seniors face à la Covid-19.
  • Les pesticides : on sait que ce sont des produits mutagènes, des perturbateurs endocriniens, mais on sait moins combien ils perturbent nos intestins de manière insidieuse. Une raison de plus de se tourner vers les produits d’origine biologique certifiés sans pesticides. Les additifs alimentaires  : le dioxyde de titane (ou E171) par exemple, que l’on trouve dans de nombreux produits alimentaires, provoque une inflammation intestinale à l’origine de la porosité. La solution est simple, il faut manger des aliments primaires, non transformés.
  • L’alcool : la porosité intestinale induite par une consommation chronique et excessive d’alcool est sans doute une des raisons des désordres hépatiques. Les fonctions du foie sont perturbées dès que l’on a un peu d’inflammation dans notre corps (l’activité de détox naturelle, entre autres, est ralentie).
  • Le stress : il provoque également une fragilité de notre muqueuse intestinale (notamment de la muqueuse gastrique). Les solutions sont nombreuses pour y remédier (cohérence cardiaque, méditation, stimulation nerf vague …)
  • Le jeûne prolongé  : eh oui, prudence avec les jeûnes prolongés (plus de 7 jours) car, par différents mécanismes, ils peuvent conduire à une fragilité de l’intestin… Mais ce n’est pas le cas des jeûnes brefs (de un à trois jours), où les intestins sont mis au repos.
  • Le sport intensif : il génère lui aussi une hyperperméabilité intestinale. Pour quelle raison ? Pendant l’effort intensif, le flux sanguin va être majoritairement dirigé vers les muscles, le cœur, les poumons. L’intestin, non essentiel à la réussite de l’effort sportif, va être hypoperfusé en sang (le flux sanguin diminue au niveau de l’intestin). Lors d’un marathon, par exemple, l’intestin ne va recevoir que 10 % de la quantité de sang qu’il reçoit habituellement ! Cette hypoperfusion va induire un manque d’oxygène au niveau de l’intestin (une ischémie), qui va alors fragiliser la muqueuse en créant un stress oxydatif. Lorsque l’effort cesse, le sang revient brusquement dans l’intestin (reperfusion). Ce flot de sang peut lui aussi fragiliser la muqueuse. Ces deux processus, ischémie et reperfusion, peuvent conduire à un intestin poreux. Le sportif doit donc prendre grand soin de ses intestins.

Mise en évidence : Comment savoir si mon intestin est poreux ?

  • La clinique

Si vous avez en permanence des troubles intestinaux (ballonnement, diarrhée, constipation, douleurs…), la probabilité que vous ayez un intestin poreux est grande. Et c’est la même chose si vous prenez régulièrement certains des médicaments évoqués ou si vous présentez des facteurs de risque (stress, repas rapide, sport intensif, alcool…). Il y a aussi des symptômes extradigestifs qui sont évocateurs : fatigue, maux de tête (pour les femmes, en particulier avant les règles), eczéma, douleurs articulaires, brouillard mental. Pour lever le doute sur la présence d’une porosité intestinale, et donc un surrisque inflammatoire, vous pouvez demander à un professionnel de santé formé en santé fonctionnelle un dosage de marqueurs de porosité. Il en existe deux principaux.

  • Les marques de porosité
    • Le dosage de la zonuline (qu’on rechercha plutôt dans les selles) permet de mettre en évidence une porosité de la muqueuse de l’intestin grêle. On fera plutôt ce test en cas de suspicion de SIBO, de candidose, de prise d’antiacides (IPP), de stress, d’allergies alimentaires ou d’intolérance au lactose…
    • Le dosage des LBP (lipopolysaccharides binding protein) dans le sang permet de rechercher une porosité de la muqueuse du côlon. On fera plutôt ce test en cas d’absence de mastication, de prise chronique d’antibiotiques, de sport intensif, de dysbiose de fermentation ou de putréfaction suspectée, de prise d’alimentation industrielle, d’inflammation chronique.
  • Autres biologies nutritionnelles

Zonuline et LBP sont des marqueurs spécifiques pour rechercher une porosité intestinale, mais en réalité de nombreuses biologies nutritionnelles peuvent nous donner une idée sur une fragilité de la barrière : le zinc, la vitamine D, la vitamine B12, la vitamine A, la CRPus.

Ci-dessous biologie d’un patient avec une forte suspicion de fragilité de barrière : B12, zinc et vitamine D effondrée… (et CRPus élevée mais à ce taux-là se cache une autre cause !!)

Comment soigner un intestin poreux et inflammatoire ?

En premier lieu, on doit déjà considérer la cause du problème, en éliminant ou en modérant les facteurs déclenchants évoqués dans la liste ci-dessus. Nous ferons également appel à certaines substances qui vont avoir un rôle cicatrisant sur la muqueuse intestinale. Il y a des trous dans la muqueuse intestinale, il faut les réparer, les aider à cicatriser, de la même manière qu’on aide à cicatriser une blessure cutanée. Parmi ces compléments, certains nous sont déjà connus pour leur action sur l’immunité. Ils permettront de faire d’une pierre deux coups… La glutamine est un carburant essentiel pour toutes les cellules qui ont un taux de multiplication rapide, or la muqueuse intestinale de l’intestin grêle se régénère toutes les 36 heures. Si elle est trop exposée à des agressions, elle n’arrive pas à se réparer. La glutamine est le premier cicatrisant intestinal à privilégier. On le prendra à la dose de 3 g par jour, le temps de la disparition des symptômes. Les cellules de la muqueuse du côlon, elles, ont besoin d’un acide gras spécifique comme carburant, le butyrate. Lorsqu’il y a une perméabilité du côlon, qui est à l’origine d’une inflammation, on pourra apporter du butyrate sous forme de complément alimentaire, à raison de 500 mg par jour jusqu’à la disparition des symptômes. Le zinc est un micronutriment que l’on connaît bien. Pour se multiplier rapidement, les cellules intestinales sont dépendantes d’un bon taux de zinc. Si le vôtre est bas, c’est un facteur de risque supplémentaire pour la fragilisation de votre muqueuse intestinale. Voilà une raison supplémentaire pour demander à un professionnel de santé formé à la micronutrition de le doser par des analyses

Les vitamines A et D sont aussi essentielles à la muqueuse intestinale. Enfin, on pourra associer des plantes ou des épices qui ont une action antivirale et anti-inflammatoire, comme le boswellia (de 300 à 400 mg par jour) ou le curcuma (200 mg par jour), ou encore la quercétine (500 mg par jour), le temps de la disparition des symptômes.

Ce texte est un extrait du livre de Bruno Mairet « Défendez-vous »

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